Qu'est-ce que la générosité sonore d'un ampli?
Tiré du numéro 33 de la revue Son Hi-Fi Vidéo de l'année 1984
Article écrit par Pierre Marcoux



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  En 1956, année de commercialisation de l'ampli   Quad II, les circuits audio grand public ne con-   naissaient pas la popularité qu'ils ont aujourd'hui.   Ils étaient pourtant très répendus dans le domaine   professionnel (station de radio, laboratoire, etc.)   et plusieurs versions étaient disponibles sur com-   mande, entrées 600 ohms, etc. Le lancement du   Quad II fut à la fois un choc et une révélation et   dès lors la philosophie qui allait servir de leitmotiv   et de slogan publicitaire à la compagnie s'imposa   auprès des audiophiles: "Quality Unit Amplifier   Domestic, for the closest approach to the original   sound". Cette approche du fondateur, Peter Wal-   ker, était d'autant plus remarquable que le produit   proposé au grand public pour usage domestique   avait été conçu en fonction d'exigences profes- sionnelles, dont la légendaire fiabilité. Pour un amplificateur de Classe A sa vocation est à souligner car on trouve encore de nombreux Quad à tubes toujours en excellent état de marche... 28 ans après!

Plusieurs aspects font l'intérêt de cet amplificateur remarquable. La grande simplicité de son circuit, l'utilisation d'une sortie Classe A, son rapport étonnant puissance subjective/encombrement/qualités subjectives. Tous ces éléments d'appréciation contribuent à faire de cet ampli un des meilleurs compromis issus de l'électronique au- dio, peu importe les modes ou les technologies d'avant-garde.

Un audiophile éclairé sait aujourd'hui qu'un amplificateur est au coeur d'un système audio. Ses qualités doivent êtres rigoureuses car il doit effectuer un gain de signal, fournir une charge souvent difficile (l'enceinte acousti- que, électrostatique dans le cas de Quad) et s'acquitter de sa tâche sans détérioration apparente du contenu mu- sical. Les esprits sceptiques pourront toujours relire une de mes précédentes chroniques (Le Génocide Musical, No 24) qui se voulait un déchirant appel en réaction aux trop nombreux articles publiés ici et là du genre "Je ne remarque aucune différence sonore d'un amplificateur à un autre"...Pourquoi les sourds s'intéressent-ils tant à l'audio?


Un audiophile éclairé sait également à quoi ressemble un amplificateur sans compromis de nos jours. L'alimen- tation doit être stable sinon les plus petits détails musicaux seront étouffés. On en arrive actuellement à fabri- quer de véritables monstres qui dépassent grandement l'encombrement et le poids des plus gros amplificateurs à tubes d'autrefois. Peter Walker étant , ô combien conscient du problème de stabilité de ses amplis, a su rester raisonnable. Il a recherché la stabilité par un montage simple, avec une faible contre-réaction (une autre éviden- ce reconnue de nos jours) et il a passé plusieurs mois à rechercher les meilleurs composants, subjectivement parlant et représentant un encombrement raisonnable. Le fait que le Quad II à tubes soit aussi conçu pour des climats tropicaux devient le gage d'une fiabilité exeptionnelle. On n'a qu'à observer les organes internes de cet appareil pour constater la mise en place unique de cet amplificateur où tout semble d'une logique implacable.


L'alimentation est classique pour la technologie des tubes à vide mais la qualité des pièces est évidente: trans- fo de bonne taille + valve redresseuse + capacité de filtrage. La valve qui permet de transformer un courant alternatif en un courant de sens constant représente un avantage certain sur les diodes d'aujourd'hui sur le plan de la qualité subjective. J'estime que tant qu'à proposer une électronique à tube il est bon d'y inclure la valve redresseuse; plusieurs nouveaux amplificateurs n'offrent plus hélas cette possibilité. Le seul fait de changer de type de valve entraîne en effet un équilibre et une qualité sonore fort différente, tout comme le changement de certains câbles de liaison. Le Quad suggèrait une valve GZ32 et ensuite une GZ34, inférieure subjectivement. Il existe en outre des valves très supérieures, comme la 5R4 GYB, ou encore la 5Y4GB, plus accessible. Il en est de même pour les tubes de puissance, des KT66 qui fournissent 15 watts en Classe A dans ce montage. Leur qualité est certaine et ils ont avantage à être appariés. Le Quad II, comme la plupart des amplificateurs de l'époque peut certes fonctionner avec des tubes non appariés mais un appariement est souhaitable. Autre parti- cularité du Quad II, un appariement des tubes d'entrée , deux EF86 est recommandé également.


À défault de pouvoir s'offrir des tubes appariés, entre autres disponibles chez Genelex ou dans la série Gold Lion de Général Électrique, on peut permuter un tube de l'amplificateur de gauche avec un EF86 de l'amplifi- cateur de droite. Vous pouvez agir de la même façon avec les KT66 car il existe toujours une combinaison pré- férable à l'autre. C'est de toute manière à essayer.


Comment sonne le Quad II? Qu'a-t-il de si appréciable? La première chose qui saute aux oreilles est sa généro- sité sonore. Cet amplificateur respire la musique et la reproduit en vraie grandeur. Peu importe l'enceinte qui lui est associée, les résultats sont étonnants et donnent à réfléchir sur la notion du Watt en audio. Cette impression résulte de plusieurs approches qui se recoupent à merveille. L'emploi de la Classe A, même sur les circuits transistorisés, procure une impression de puissance sans distortion remarquable. Ainsi, depuis quelques temps on retrouve sur le marché ces étonnants monstres en Classe A de faible puissance comme le 20 watts ML2 Levinson, le 25 watts Classé, etc. Pour autant que l'alimentation puisse fournir aux appels de courant, 20 watts en Classe A c'est énorme! De plus, les électroniques à tubes écrètent doucement "soft clipping" dit-on aujour- d'hui, sauf que cet effet est propre aux tubes; il n'existe donc pas de circuit supplémentaire sur le signal pour assurer cet effet. Finallement, la contre-réaction très faible du Quad II ajoute énormément à cette puissance, cette générosité sonore à laquelle je tiens. L'écoute du Quad II est avant tout grisante et j'affirme que dans tou- tes les électroniques que j'ai connues cet appareil est le seul à avoir atteint un tel niveau de dynamique subjec- tive.


La stabilité à tous les égards de cet amplificateur de 28 ans est extraordinaire. Dans les pianissimi les plus re- tenus les notes musicales sont soutenues avec une régularité qui relève du fantastique. Cet aspect est l'essence même de la musique. La stabilité de l'ampli se remarque également dans l'image stéréophonique diffusée. Cette image, en plus d'être explicite en profondeur, reproduit l'effet de salle mieux que la plupart des électronique dis- ponibles encore aujourd'hui. Cette caractéristique de l'appareil en dit long sur la qualité du transfo de sortie qui devrait pourtant être un handicap par rapport aux circuits transistorisés qui, eux, n'en possèdent pas et sur la qualité de l'alimentation. La stabilité est inconditionnelle pour une fois aux charges qu'on lui donne à fournir; y compris sur des Dayton-Wright les résultats sont étonnants et même si l'ampli travaille à pleine puissance, la musique respire toujours et possède cette rapidité d'interprètation qui étonne.


Certains trouvent quand même des défaults au Quad II, le principal étant peut-être un certain équilibre général relevé vers l'aigu. Ce "défault" peut aisément ce corriger la plupart du temps par le choix des tubes ou encore par celui du correcteur de tonalité du préamplificateur. Le Quad 22, le préamplidicateur associé au Quad II, dont l'esthétique et les fonctions ingénieuses sont pratiquement inchangées depuis 30 ans se prête d'ailleur mer- veilleusement bien à cette opération d'équilibre idéal à obtenir.


Somme toute il y a toujours moyen de critiquer. Rien n'est absolument parfait et les insatisfaction de l'oreille qui sont souvent celle de l'homme, ne trouvent pas de défoulement dans un produit présentant un si notable compromis entre tous les paramètres impliqués. Trop souvent le hifistes habitués à chercher les petits détails, à "couper les cheveux en quatre" en viennent à perdre l'essenciel, à savoir que la musique s'écoute dans la dé- tente, une douce passivité proche du receuillement. Ces audiophiles tournent malheureusement en rond dans cette recherche opiniâtre du détail en passant d'une électronique à l'autre. Je leur souhaite très sincèrement de se libérer de cet esclavage futile. Si vous appréciez le Quad II c'est essenciellement pour le remarquable com- promis offert par cet appareil d'hier, d'aujourd'hui et de toujours. C'est là sa qualité principale et le fait est as- sez rare pour ne pas le souligner. Aux indécis, je dis polliment d'aller voir ailleur et, tôt ou tard , ils se souvien- drons de la grande classe du Quad II.


On ne trouve plus guère le Quad II sur le marché et ses descendants transistorisés, même s'ils respectent la philosophie de base de l'entreprise et de son ingénieur n'ont jamais atteint une belle réussite. Au prix où cet ensemble était proposé la leçon à tirer est grande et, entre le petit Nad 3020 et le ML2 de Levinson, je crois qu'il y aurait une bien grande place pour un autre Quad II.






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